Xénophobie
6 février 1986, débat entre Bernard Stasi et Le Pen sur France-Inter :BERNARD STASI : « Je n'ai pas les mêmes convictions que vous.LE PEN : C'est un peu normal, puisque vous êtes fils d'immigré et vous n'avez été français qu'à l'âge de dix-huit ans.STASI : Vous avez le culot de me dire qu'en tant que fils d'étranger je n'aurais pas le droit de faire de la politique ?LE PEN : Je crois que c'est une question de bon goût. » (Sic.)Un Français sur trois a un parent, grand-parent ou arrière-grand-parent étranger : 18 millions de Français sont donc proches descendants d'un étranger.L'obsession anti-étrangère du Front national est une insulte à la France. Antisémitisme
Pour éviter les condamnations judiciaires, l'antisémitisme du Front national devient implicite [Voir Racisme Symbolique]. Il le fut parfois moins. Ainsi de l'échange plusieurs fois rapporté entre Le Pen et la salle lors de la réunion tenue à la Mutualité par le FN, le 14 mars 1984 : Le Pen : « Badinter ? »
La salle : « Juif ! »
Le Pen : « Lustiger ? »
La salle : « À mort les juifs ! »
Le Pen : « Madame Veil ? »
La salle : « Au four crématoire ! »Que Le Pen soit antisémite ne fait donc aucun doute, et le présent dictionnaire en donnera, hélas, de multiples exemples. Il a d'ailleurs été condamné le 11 mai 1986 par le tribunal correctionnel d'Aubervilliers, à la demande de la LICRA, pour avoir déclaré à la fête « Bleu-blanc-rouge » du Front national, le 26 octobre 1985, au Bourget : « Je dédie votre accueil à Jean-François Kahn, à Jean Daniel, à Yvan Levaï, à Elkabbach, à tous les menteurs de la presse de ce pays. Ces gens-là sont la honte de leur profession. Monsieur Lustiger me pardonnera ce moment de colère, puisque même Jésus le connut lorsqu'il chassa les marchands du temple, ce que nous allons faire pour notre pays. »Le tribunal constate : « L'invitation à exclure ces quatre personnes de France, outre qu'elle révèle l'intention de nuire, constitue une provocation à la discrimination » et ajoute : « L'antisémitisme n'est pas un problème juif, mais le problème de tous. Une attaque antisémite faite à un seul constitue en réalité une attaque et une menace pour tous et notamment pour une association qui s'illustre depuis plusieurs années dans la lutte contre l'antisémitisme. »Le racisme de l'extrême droite, en France, en Autriche, en Allemagne, au Royaume-Uni, ailleurs, ne se réduit cependant pas à l'antisémitisme, lequel est une tendance lourde, structurelle, permanente de la pensée raciste. À la vieille obsession antijuive de ce courant s'est toujours ajouté, selon les époques, un racisme conjoncturel à l'égard de communautés particulières, boucs émissaires pour tous nos maux.Tiré de "Petit Dictionnaire pour Lutter contre l'extrème-droite". Martine Aubry, Olivier Duhamel, Éditions du Seuil, octobre 1995